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La Fed, un nouveau modèle pour la BCE ? #LaRelève @LesEchos

Les Echos La Relève

La Fed, un nouveau modèle pour la BCE ?

Les choix politiques plus qu’économiques de la banque centrale américaine ont payé.

Les Etats-Unis peuvent renouer avec leurs « espoirs et leurs rêves », comme l’avait chanté Bruce Springsteen. La nomination de Janet Yellen au poste de présidente de la Réserve fédérale des Etats-Unis participe aux espoirs de retour à la prospérité et à la croissance forte. Auditionnée le 14 novembre par la commission bancaire du Sénat américain, elle a confirmé clairement son caractère « colombe », en opposition aux « faucons » partisans de l’orthodoxie monétaire, en indiquant que le marché du travail, très dégradé, justifiait le maintien d’une politique monétaire généreuse.

La Fed s’est fixé pour objectif la baisse du chômage en dessous de 6,5 % et considère acceptable de tolérer en conséquence une inflation raisonnable aussi longtemps que cet objectif ne sera pas atteint. Ce choix politique est en passe de devenir un modèle de sortie de crise dans le monde, comme le montrent les choix politiques de la Banque d’Angleterre ou de la Banque centrale du Japon mettant en oeuvre les Abenomics.

Les Etats-Unis, à l’épicentre de la crise financière, ont été capables de se redresser malgré les gigantesques difficultés auxquelles ils étaient confrontés. Ce résultat n’est pas le fruit du hasard ou de la providence mais bien du choix judicieux de politiques économiques pragmatiques et très éloignées de l’idéologie monétariste obsolète. Cette politique a été bien sûr portée par Barack Obama, qui a fait de l’industrie une priorité stratégique pour l’économie américaine, avec son fameux slogan : « Let’s bring our jobs back home. » Cette politique de reconquête s’est accompagnée de mesures très concrètes qui concernent l’économie productive : réductions fiscales pour les entreprises, politique d’investissement public dans l’innovation, la technologie et la formation… Elle a aussi été portée par le développement du gaz de schiste, favorisant la baisse des coûts de production de l’industrie américaine grâce à la baisse des prix de l’énergie.


Verdict sans appel

Mais l’arme la plus puissante et la plus efficace pour redresser l’économie américaine est sans doute la politique monétaire de la Fed. Par le développement d’une politique monétaire accommodante audacieuse, la Fed a largement contribué à la baisse du taux de chômage. En soutenant le financement des entreprises avec des taux très bas, en injectant massivement des liquidités, en rachetant de la dette publique au lieu d’obliger l’Etat fédéral à lever des impôts nouveaux pour rembourser la dette publique, et en assurant une monnaie compétitive, elle s’est donné les moyens de son ambition de redresser spectaculairement le pays.

Les chiffres ne mentent pas et dressent un verdict sans appel. Alors que le taux de chômage était identique de part et d’autre de l’Atlantique à la fin de l’année 2009, représentant 10 % de la population active, il est désormais de 7,2 % aux Etats-Unis et de 12,2 % dans la zone euro. En l’espace de quatre ans, les Etats-Unis ont réussi à réduire leur nombre de chômeurs de plus de 4 millions alors que, dans la zone euro, le nombre de chômeurs s’est tristement accru de près de 4 millions. Nous comptons près de 20 millions de chômeurs dans la zone euro, alors qu’avec 11 millions de chômeurs les Etats-Unis sont sur la route du retour au plein-emploi.


Espoir pour l’Europe

Ben Bernanke va quitter la Fed après avoir été à sa tête pendant huit ans. Cet homme, qui a essuyé la plus grave crise de l’histoire des Etats-Unis depuis 1929, a exprimé un regret : « J’aurais souhaité partir avec un taux de chômage à 5 % plutôt qu’à 7 %. »L’actuelle vice-présidente de la Fed, Janet Yellen, prendra bientôt le siège de présidente de l’institution, l’une des plus influentes du monde. Elève de Joseph Stiglitz, qui considère que Janet Yallen a été l’un de ses meilleurs élèves, cette femme n’a laissé planer aucune ambiguïté concernant la conduite de sa politique monétaire en déclarant, jeudi : « A 7,3 % en octobre, le chômage est encore trop haut, reflétant un marché du travail et une économie dont les performances sont loin de leur potentiel. »

Avec des dirigeants et des institutions aussi favorables à l’économie réelle, les Etats-Unis ont des raisons d’avoir des espoirs et des rêves. Peut-être pouvons-nous aussi, Européens, espérer qu’un jour notre Banque centrale soit un peu plus américaine, qu’elle s’occupe bien sûr de l’inflation, mais surtout et avant tout de la production et de l’emploi.

 

Arnaud Montebourg, Les Echos

Envoyé spécial à Boston. Ministre du Redressement productif.

 

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