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La primaire populaire : un nouvel âge démocratique

Par ARNAUD MONTEBOURG Député, secrétaire national à la rénovation (PS) et OLIVIER FERRAND président de Terra Nova
Tribune publiée dans Libération du 20 juillet 2010

C’est fait ! Le PS vient d’adopter définitivement la primaire populaire comme procédure pour désigner son candidat à la présidentielle. Primaire : voilà un bien curieux étendard. En quoi un dispositif technique peut-il devenir la clé de voûte de la rénovation politique ? C’est qu’il s’agit de bien plus que cela : à un projet politique d’envergure, qui représente un bouleversement majeur dans l’approfondissement de notre démocratie représentative.

La primaire confère un nouveau droit aux citoyens. La démocratie actuelle permet aux citoyens de répondre à la question : «Qui sera élu ?». La primaire leur donne désormais la possibilité de répondre aussi à la question : «Qui nous représentera dans cette élection ?». Le choix du candidat et de sa ligne politique est désormais partagé par les militants avec les citoyens qui se déclarent en sympathie avec la victoire de la gauche. La primaire contribuera ainsi à restaurer le lien entre les Français et la politique, à travers une triple dynamique. Dynamique électorale : 40 millions d’électeurs pour Obama-Clinton aux Etats-Unis, 4 millions en Italie pour investir Prodi en 2004, 1 million pour Papandréou en Grèce en 2007 – les citoyens se déplacent massivement. Dynamique participative : même quand il n’y a pas d’enjeu, les citoyens affluent. La primaire italienne du Parti démocrate l’atteste : en 2007, alors qu’il n’y a pas d’élections en perspective, et que la victoire de son président est connue d’avance, la désignation interne du nouveau président du Parti démocrate draine 3,5 millions de votants. C’est le goût naissant pour ce que nos amis obamiens appellent l’empowerment (le «pouvoir transmis») qui donne aux citoyens un rôle actif et positif dans la vie politique. Dynamique militante, enfin : certains sympathisants ne s’arrêteront pas au vote. Ils participeront à la campagne, organiseront des bureaux de vote, s’engageront auprès des candidats. La primaire est un grand exercice de participation populaire, dans laquelle le mouvement social, tout comme les grandes associations pourront interpeller et s’investir.

Quel est le mode d’emploi de la primaire ? Nous avons pris le temps de tirer les leçons des désordres de la primaire interne de 2006, ainsi que des exemples étrangers.

1) Qui peut voter ? En 2006, c’était une primaire interne réservée aux militants. Pour 2012, tous les citoyens inscrits sur les listes électorales de la République pourront voter. Pas besoin d’inscription préalable : il suffira de se présenter le jour du vote, signer une déclaration d’adhésion aux valeurs de la gauche et donner 1 euro symbolique minimum de participation aux frais. Et si la droite faisait de l’entrisme pour faire gagner le candidat le moins dangereux ? C’est là un fantasme réfuté par les expériences étrangères qui enseignent qu’on ne peut infiltrer et noyauter un exercice démocratique de plusieurs millions de participants. Le grand nombre protège la primaire.

2) Primaire socialiste ou primaire de toute la gauche ? Le PS propose aux formations de gauche de co-organiser la primaire. La primaire doit contribuer à surmonter la fragmentation de la gauche, qui l’affaiblit si souvent et qui l’a même tuée en 2002. Pour l’instant, les différents partis ne se sont pas encore prononcés définitivement.

3) Qui peut être candidat ? Nous avons retenu une règle de parrainage légère. L’idée est de pouvoir tester tous ceux qui ont une légitimité à faire valoir. Les favoris, bien sûr : tous sont en mesure de se présenter, dans les meilleures conditions. Mais aussi les outsiders : ceux qui sont légitimes par la qualité de leur travail parlementaire, leur expérience locale réussie, leur popularité militante. Ils n’ont aucune chance de gagner en 2012 ? Testons-les ! La sélection doit se faire pendant la primaire, dans le cadre de débats politiques, et pas avant, via la fausse martingale (manipulable) des sondages.

4) Quel sera le calendrier ? En 2006, il avait été trop tardif : le vote fin novembre ne nous avait pas laissés suffisamment de temps pour réunifier les socialistes et préparer la campagne présidentielle. Il ne faut pas non plus qu’il soit trop précoce : une primaire avant l’été risquerait de nous faire perdre la dynamique de la primaire. C’est pourquoi nous avons retenu octobre 2011, dernier délai, nous faisant gagner un mois par rapport à 2006.

5) Comment sera organisée la compétition ? Nous avons choisi un juste milieu entre la primaire de légitimation à l’italienne, qui organise un vote sans réelle compétition pour fournir une force démocratique à un candidat connu d’avance, et l’hypercompétition américaine, qui s’étend sur plus de six mois mais nécessite, pour ne pas dégénérer, des règles très structurées et une pratique que nous ne pouvons pas répliquer en France pour une première. L’idée de base est de reproduire les caractéristiques de la campagne présidentielle. Une campagne «officielle» de six semaines, en deux tours. Une campagne réelle qui peut s’étaler sur quatre à cinq mois, avec un dépôt des candidatures ouvert dès juin. Des figures imposées, notamment un tour de France pour enraciner la primaire populaire et permettre aux citoyens d’intervenir et de peser sur le résultat, des réunions publiques communes, un débat télévisé. Un objectif : savoir ce que les candidats ont dans le ventre, quels sont leur personnalité, leur programme, leurs équipes. Et permettre aux Français de juger en connaissance de cause, et non sur des a priori sondagiers.

6) Comment réunifier la gauche à l’issue de la primaire ? Les Etats-Unis nous donnent la clé. Les primaires peuvent y être très dures. Lorsque Hillary Clinton a jeté l’éponge, un sondage indiquait que 65% de ses électeurs refusaient de se reporter sur Barack Obama tant la tension était grande. 100% l’ont fait. Le secret ? La convention d’investiture. Grand-messe unitaire et cathartique, elle symbolise la réunification du parti derrière le vainqueur. Son déroulé et sa scénographie sont pensés pour assurer le rassemblement. Le vainqueur intègre les battus et leurs équipes dans son dispositif. Les candidats malheureux lui apportent publiquement leur soutien. Nous avons imaginé une cérémonie d’investiture à l’identique. La révolution des primaires est en marche. Un nouvel âge démocratique s’ouvre. Rendez-vous en 2011 !

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13 Réactions

  1. Votre blog est intéressant sur le fond et agréable sur la forme. Pour autant, le principe même du blog est d’être volatile – un sujet chassant l’autre, comme le montre la chronologie des commentaires sur ce sujet des primaires.

    Ne serait-il pas possible de l’organiser en sujets permanents et suivis ?

    Si ce commentaire tardif avait une chance d’être lu et de relancer le débat sur les primaires, je dirais que peu importe la pertinence de primaires ou de leur absence : à condition qu’elles soient le catalyseur pour construire un vrai débat de fond sur des thèmes bien identifiés, ce que je ne vois toujours pas émerger …

  2. les jeunes de l’ump prendre les urnes ce sont des vieux réac
    nous allons nous servir de nos b…. s pour combattre

  3. Une solution paraît pourtant à la fois évidente et bien plus démocratique que toutes les pratiques actuelles, soit une élection à trois tours.

    Le premier tours tient lieu de primaire, mais pour tous les partis (qui auraient évidemment le droit de ne présenter qu’un candidat) et avec la rigueur d’une vraie élection (un électeur – un vote).
    Le deuxième tour ne serait ouvert qu’aux candidats qui ont obtenu un minimum de voix (5% par exemple). Les partis et les candidats seraient amenés à faire les alliances et les désistements qui s’imposent selon les résultats objectifs du premier tour.
    Le troisième tour ne serait ouvert qu’aux deux candidats qui ont obtenu le plus de voix au deuxième tour, comme maintenant.

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