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Il faudra mettre le système bancaire sous tutelle

Arnaud Montebourg, invité de « Questions d’info » lcp / france info / afp mercredi 12 mai 2010

Extraits

Frédéric Haziza : Défense de l’Euro, crise monétaire en Grèce, restrictions budgétaires en France, prévisions catastrophiques sur le financement des retraites. Pendant ce temps les spéculations vont bon train autour du retour de Dominique Strauss-Kahn. Bref, la bataille Aubry – DSK semblent lancée. Alors les socialistes préféreraient-ils les combats de personnes au débat d’idées ? Invité de Questions d’Info aujourd’hui, Arnaud Montebourg, Député et Président du Conseil général de Saône et Loire et aussi Secrétaire national du Parti socialiste en charge de la Rénovation.

Marie-Eve Malouines : Les bourses semblent apaisées après le vent de panique qui a soufflé sur la situation en Grèce. Est ce que vous pensez que le problème est maintenant derrière nous ?

Arnaud Montebourg : Je ne crois pas que l’Europe ait fait un pas considérable en avant vers l’unification politique mais la naissance embryonnaire d’un semblant de gouvernement économique est néanmoins un progrès. C’est un progrès car nous avons besoin d’avoir ensemble une stratégie budgétaire dans une situation où on a converti des dettes appartenant au système privé qui avait fait des bêtises et on les a placées sur les institutions publiques. Et maintenant ce sont les institutions publiques qui sont attaquées par le système bancaire qu’on a renfloué avec l’argent des contribuables. Nous avons un paradoxe. Sur le plan structurel, nous avons fait des progrès vers le féféralisme, ce qui est un bien. Mais sur le plan de la régulation des marchés, nous faisons une politique de sur-place depuis deux ans. Toutes les déclarations dans les G20, les déclarations européennes de transformation du système financier sont restées lettre morte. Il n’y a pas eu une seule mesure prise. Je note que Barack Obama et son Gouvernement viennent de déposer un projet de loi de près de 2000 pages devant le Congrès américain qui s’attaque à tous les mécanismes de dysfontionnement qui ont produit la crise des subprimes dont aujourd’hui les effets par ondes de choc successives continuent à se faire sentir.

Matthieu Demeester : Sur le rôle de Nicolas Sarkozy, est-ce que vous pensez qu’il a vraiment joué un rôle moteur dans la résolution de cette crise ou en tout cas dans le début de résolution de cette crise ?

Arnaud Montebourg : Je ne crois pas utile de faire des compliments à l’égard d’élus qui font leur travail.

Frédéric Haziza :
Mais quand on fait bien son travail ?

Arnaud Montebourg : Je ne pense pas que le travail ait été bien fait…

Frédéric Haziza :
Même Barack Obama le dit.

Arnaud Montebourg : Mais je me moque de l’opinion de Barack Obama. Du point de vue français, ce que je sais, c’est qu’aucun des problèmes ne sont résolus. Il est même possible que les plans qui ont été mis en place tardivement ne résolvent aucun des problèmes, comme vous me le demandiez tout à l’heure, car la récession est à l’ordre du jour par la conjugaison des plans de réduction des dépenses massifs que tous les pays de la zone euro sont en train de mettre en oeuvre.

Frédéric Haziza : Le pire est devant nous ?

Arnaud Montebourg : Les conséquences de ces plans d’austérité qui sont en train de se conjuguer risquent de produire de la récession. Ce n’est pas pour rien que le Secrétaire général de la Confédération Européenne des Syndicats, qui représente 82 organisations syndicales dans 36 pays européens, se plaint des conséquences prévisibles, d’une sérieuse augmentation du chômage et sur le fait que ce sont les travailleurs qui vont devoir à nouveau certainement supporter le prix de la crise.

Marie-Eve Malouines : Est-ce qu’on pouvait éviter ces plans de rigueur ou d’austérité ?

Arnaud Montebourg : Je crois. On pouvait déjà organiser autrement l’Europe autour de mécanismes de coopération plus forte. L’Europe a tardé, elle est arrivée trop tard et le prix en a été plus élevé.

Marie-Eve Malouines : Plutôt du fait de l’Allemagne que de la France.

Arnaud Montebourg : C’est l’ensemble des pays européens. Et le fait que la France n’ait pas été capable de convaincre ses partenaires est à mettre au passif de cette période. C’est une responsabilité qui est collective.

Frédéric Haziza : Pourtant le socialiste Zapatero est plutôt content de ce qui arrive en Europe, notamment par rapport aux résultats sur l’Espagne.

Arnaud Montebourg : Je comprends que tous les dirigeants soient très contents d’eux-mêmes. Mais franchement, le bilan est extrêmement négatif sur le plan financier et sur le plan social. Car toutes les mesures que nous payons sont le fait de la désorganisation de l’Europe. L’incapacité de la politique d’être plus forte que les marchés a pour conséquence d’amener les marchés financiers à avoir mis au pas les politiques. Ce sont les marchés qui dictent à nos dirigeants politiques leurs choix. Ce devraient être aux dirigeants politiques de mettre au pas les marchés. Cela n’a pas été le cas. La défaite est quand même cuisante.

Marie-Eve Malouines : Les déficits, la dette, ce ne sont pas les marchés qui les font. Donc, geler les dépenses en France, n’est-ce pas une bonne solution ? Peut-on continuer à accroître la dette ?

Arnaud Montebourg : Les déficits sont en partie de la responsabilité des marchés car ce sont les entités bancaires que nous avons renflouées avec l’argent des contribuables qui ont contribué à l’aggravation de la dette. Deuxièmement, ce sont les baisses d’impôts qui se sont multipliées dans tous les pays de la zone euro à destination des grandes fortunes et patrimoines, des entreprises qui ont contribué à l’aggravation de la dette. Je rappelle qu’il y a un manque à gagner d’une quinzaine de milliards en France, que Madame Merkel était engagée dans un processus de baisse d’impôts. Cela n’a aucun sens dans une période où on est justement en train de casser la dynamique de la croissance en réduisant drastiquement les dépenses publiques.

Frédéric Haziza : Est-ce que le plan annoncé jeudi dernier par François Fillon n’était pas le seul possible ?

Arnaud Montebourg : J’ai avec moi le rapport de la Cour des Comptes qui date de juin 2009, à l’époque où Monsieur Séguin était encore à sa tête. Il explique les conséquences dangereuses du risque d’emballement de la dette française, nationale, de notre pays, et des risques d’effet de boule de neige. Il n’y a eu aucune mesure de remontée des impôts, notamment sur ceux qui venaient d’être exonérés de ces impôts : TVA sur les restaurateurs, baisse de la taxe professionnelle, paquet fiscal qui n’est pas le bouclier fiscal. Le paquet fiscal, ce sont trois grandes mesures : la détaxation des heures supplémentaires qui représente 4 milliards. Est-ce que cela a un sens aujourd’hui de détaxer les heures supplémentaires, donc finalement de subventionner indirectement le chômage ? Je ne le crois pas. Le bouclier fiscal est suffisamment controversé pour qu’on le rappelle. Puis les exonérations sur les droits de succession qui n’ont pas de sens dans la période actuelle. Cela représente entre 10 et 15 milliards chaque année. C’est un ensemble qui pose problème. Quand le Président de la Cour des Comptes le rappelle dans son rapport, expliquant qu’il y a un risque sur la dette française en juin 2009, la loi de finances pour 2010 n’a pas bougé. Les avantages fiscaux ont été maintenus et même aggravés. Il y a une responsabilité politique de nos dirigeants dans l’aggravation de la situation et dans l’augmentation du prix payé pour organiser l’assainissement des finances publiques. Et qui va payer ce prix ? Comme le disent l’ensemble des organisations syndicales des territoires de la zone euro, ce sont les travailleurs.

Frédéric Haziza : vous avez fait un procès à François Fillon et au Gouvernement sur le plan qui sera le plan de rigueur. François Fillon dit qu’il se contrefout du terme rigueur et que ce débat a peu d’intérêt. Qu’est ce que vous lui répondez ?

Arnaud Montebourg : Monsieur Fillon a envoyé un programme de stabilité pour 2010-2013 à la Commission européenne il y a quelques semaines, dans lequel, je cite, il prévoit une augmentation des taux de prélèvement obligatoire de deux points de PIB entre 2010 et 2013, ce qui correspond à une augmentation des impôts de près de 4 milliards d’euros en 3 ans. Comme il ne veut pas remettre en cause les baisses d’impôts qu’il a offert à sa clientèle électorale, nous savons que ce sont les autres qui vont payer l’ajustement. Cela s’appelle un plan d’austérité, ce n’est même pas un plan de rigueur, c’est un plan d’austérité comme jamais on en a connu dans notre pays. Par ailleurs, sur la crédibilité de la potion amère infligée à la Grèce, il y a aujourd’hui très peu d’observateurs qui croient en la possibilité pour la Grèce de passer en 4 ans de 13 % de déficit du PIB à 3%. Il n’y a pas d’exemple dans l’histoire contemporaine où un pays a pu procéder à des ajustements aussi rapides et avec une ampleur aussi considérable.

Frédéric Haziza : Vous ne croyez ni à ce qui se fait en Europe, ni à ce qui se fait en France ?

Arnaud Montebourg : Je pense que les problèmes sont devant nous.

(…)

Frédéric Haziza : Vous dites qu’il faut abonder le fonds des retraites. C’est pour cela que Laurent Fabius et Martine Aubry également avaient parlé de taxer les banques pour abonder ce fonds ?

Arnaud Montebourg : Regardez la crise de l’euro. C’est le même débat. Aujourd’hui on a une préférence exprimée par l’ensemble des pays de l’Union Européenne, dont la France, pour venir au secours des dettes financières. Mais il n’y a pas d’autres solutions que de taxer les citoyens pour payer les dettes sociales. Or toutes les entités publiques ont des dettes sociales et des dettes financières. Pourquoi donne-t-on la préférence aux dettes financières ? Ce sont les contribuables qui paient. Et les dettes sociales, ce sont les contribuables qui paieront encore une fois.

Frédéric Haziza : Donc, ce sont les banques qui doivent payer les retraites ?

Arnaud Montebourg : Je pense que ce sont les banques qui doivent payer la dette financière qu’elles ont générée sur les Etats, qu’elles ont transférées sur les Etats et qui aujourd’hui mettent en péril certains d’entre eux. C’est aux banques de payer la responsabilité de la crise. Et d’ailleurs, c’est une des raisons pour lesquelles je défends l’idée qu’il faudra, à un moment ou à un autre, mettre le système bancaire sous tutelle et sous une tutelle justifiable et justifiée.

Frédéric Haziza : La nationalisation des banques ?

Arnaud Montebourg :
La nationalisation est un processus coûteux. La mise sous tutelle, c’est une forme de sanction, réglementaire et légale, qu’il faudra imaginer dans les projets de la gauche. Car on ne peut pas à la fois avoir un système bancaire que les contribuables renflouent à chaque occasion, qui se met à spéculer contre les Etats qui se sont affaiblis parce qu’ils se sont portés au secours du système bancaire.

Frédéric Haziza : Mise sous tutelle, cela veut dire quoi ?

Arnaud Montebourg : Cela veut dire qu’elles perdent le pouvoir de faire n’importe quoi et que la part des profits qu’elles sont en train de reconstituer aujourd’hui dans leurs bilans doit servir à l’utilité collective.

Frédéric Haziza : Donc, plus de profit pour les banques. Dès qu’elles réalisent un euro de profit, cela vient dans les caisses de l’Etat ?

Arnaud Montebourg : Il est temps d’imaginer des mesures qui soient beaucoup plus sévères à l’égard du système bancaire qui vient de démontrer sa rouerie et sa désinvolture dans l’affaire de la crise de l’euro puisqu’il y a participé. Les hedge funds qui sont sur les marchés financiers sont adossés à des banques que nous avons renflouées avec l’argent public, quand même. Il y a un cynisme absolument honteux que de demander aux citoyens de payer la dette financière plus la dette sociale. Les citoyens veulent bien faire des efforts lorsqu’il s’agit du bien commun, mais là ce n’est pas le bien commun, c’est le bien privé de quelques établissements qui entretiennent à grands frais des grandes carrières financières de quelques personnes privilégiées.

Frédéric Haziza : On nous dit qu’il faudrait à peu près quelques 30 milliards d’euros pour financer les retraites. Combien les banques devraient donner sur ces 30 milliards d’euros.

Arnaud Montebourg : Il faudra aller chercher de quoi soulager les Etats sur le financement de la dette dans les paradis fiscaux et dans le système financier et bancaire. Je suis favorable à la taxation de la spéculation, c’est à dire toutes les prises de positions sur le court terme. Cette position n’est pas dans le plan européen de sauvetage du système économique de la zone euro alors que ce serait d’utilité générale.

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14 Réactions

  1. regardez les sketchs de coluche sur le net.il avait quand même tout dit avant qu’onlui tende ce piège mortel.les pauvres sont indispensables dans ce régime,à condition qu’ils le restent.on a rien inventé et personne n’ose plus s’exprimer sur ce blog qui me permet de me défouler.

  2. je m’excuse auprès d’arnaud d’avoir bloqué son blog.maintenant il me semble qu’il devrait débloquer cette situation en s’exprimant sur des themes plus terre à terre.il n’y a guère que les vrais politiques et encore pour faire des commentaires sur ces articles,qui prennent pourtant bien en compte les préocupations des quidams

  3. je constate avec satisfaction qu’arnaud lit les commentaires du blog.je déplore que si peu d’internaute s’en saissise pour s’exprimer.la démocratie ne sert pas qu’à délégué mais être acteur soi même à tout instant de la vie.il faut prendre son destin en main ,cela peut être un arrêt de travail dans son entreprise ,la participation aux manifs dans la rue ,mais au moins démontrer autrement que par des crtiques verbales sans poids que l’on est pas content.chacun dans son coin on arrive à rien.l’égoisme est aujourd’hui dépassé il faut retrouver le gout du tous ensemble.même si parfois je me laisse aller à la dérision en citant coluche,je suis très inquiêt sur l’avenir de nos enfants.la richesse d’un pays est le fruit de ceux qui ont travaillé.une minorité n’a pas le droit d’en dépouiller les citoyens au nom d’un idéalisme obscure dévolu à la seule finance

  4. les banques sous tutelle et les actionnaires avec
    pourquoi pas une police de proximité

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