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« Engageons-nous ensemble pour le changement »

DISCOURS D’ARNAUD MONTEBOURG

AU MEETING DE FRANCOIS HOLLANDE

A NANCY LE 5 MARS 2011

(seul le prononcé fait foi)

 

 

Je suis venu parler ici en Lorraine, elle qui sait mieux que d’autres la fierté de la lutte sociale, elle qui se bat pour son acier et sa fonte, ses hauts fourneaux et ses laminoirs, à Florange, à Gandrange ou ailleurs, et cela depuis si longtemps.

Je suis venu parler ici du tour de France des usines qui ferment que m’a demandé d’accomplir François Hollande : un tour de France de la désindustrialisation. Un tour de France de la désolation.

Partout, je vois des fonds de pension financiers qui ont pris le pouvoir dans les entreprises dont les centres de décision ont migré à 5.000 ou 10.000 km, qui délocalisent comme on joue au bonneteau et qui mènent les pouvoirs publics par le bout du nez !

Partout le système financier a imposé sa loi injuste sur l’économie des hommes et des territoires.

Je pense à ces hommes blessés qui ne savent plus retenir leurs larmes, parce qu’ils voient à 50 ans leur entreprise pourtant rentable, pour laquelle ils ont tant donné, partir hors d’Europe chercher le prix du travail low-cost.

Je repense à ces ouvrières de Lejaby qui ont bouleversé la France, ces mécaniciennes aux doigts d’or qui défendaient la lingerie tricolore. A 800 mètres de leur usine, leur député qui était aussi ministre y avait son bureau mais n’était jamais venu les voir dans la liquidation de leur usine et de leur avenir. Quand je fus le premier à venir les voir pour leur apporter le soutien de François Hollande, elles ont scandé le poing levé leur hymne devenu le symbole des victimes de la mondialisation.

C’est cet hymne que je voudrais vous lire :

 

« Monsieur le Président

 On vous fait une lettre

 Que vous lirez peut-être

 Avant le jugement

 On vient au tribunal

 Pour garder notre travail

 Car on doit tous manger

 Une vraie nécessité

 Monsieur le Président

 Notre vie c’est Lejaby

 Nous sommes tous présents

 Ne pas mourir ainsi

 C’est pas pour vous fâcher

 Mais pour acheter Français

 On doit tous rester

 Pas délocaliser

 C’est des années de labeur

 Mais avec le sourire

 Qu’on y mettait notre cœur

 Pour tous réussir

 Pensons que vous comprendrez

 Qu’on doit tous travailler

 On doit tous pouvoir vivre

 Et surtout pas souffrir

 Et surtout pas souffrir »

Ne vous y trompez pas. Ce qu’on appelle la crise, c’est la prise de pouvoir de la finance sur les entreprises mais également et plus gravement sur les Etats et nos démocraties.

 Sommes-nous encore libres lorsque les marchés financiers sont plus forts que les Etats et font sauter à la corde les gouvernements et leurs contribuables ?

 70 % des transactions financières sur les marchés sont réalisées par des ordinateurs à la nanoseconde. Lorsque l’actuel Président de la République dit qu’il faudrait rassurer les marchés financiers, il ne cherche, ni plus ni moins, qu’à rassurer des automates et des ordinateurs.

 Pour notre part, nous préférons les débrancher.

 Sommes-nous encore libres, lorsque les banques imposent aux gouvernements des plans de sauvetage et de renflouement avec l’argent des contribuables pour ensuite spéculer contre les dettes publiques accumulées à cette occasion, mordant la main généreuse qui les a secourues ?

 Sommes-nous encore libres lorsque la finance impose des plans d’austérité pour les citoyens et place ses hommes-liges à la tête des gouvernements pendant que la population, comme en Grèce ou en Italie, a le malheur de résister ?

 Aujourd’hui, les plans d’austérité sont pour les populations.

 Et les plans de sauvetage sont pour les banques.

 Avec François Hollande, nous proposons l’inverse !

 Notre stratégie pour sortir de la crise, c’est de reprendre le pouvoir sur la finance qui nous a précipité dans celle-ci.

 C’est de soumettre à l’intérêt public, à l’intérêt national, à l’intérêt des citoyens européens le système financier, les banques, les agences de notation, les paradis fiscaux, les hedge funds, par des mesures draconiennes au plan national et européen.

 La France, dotée d’un nouveau gouvernement titulaire de la légitimité démocratique, aura pour l’un de ses premiers chantiers républicains et patriotiques, la reconquête de notre liberté, celle des Français sur les marchés et la finance, le rétablissement du droit à disposer de nous-mêmes, que les financiers le veuillent ou non, que cela plaise aux agences de notation ou non !

 C’est en France que se jouera le renversement historique de tendance dans cette confrontation entre les peuples et la finance.

 Et c’est en France, dans l’élection présidentielle, le 22 avril et le 6 mai, que se situera l’épicentre de ce retournement avec la victoire de François Hollande.

 Car c’est à partir de la France qu’en Europe, dans l’Histoire, les peuples ont acquis le goût de la liberté, ont établi par eux-mêmes, avec leur propre résistance à toutes les formes d’oppression, leur souveraineté.

 C’est maintenant, qu’avec les autres peuples européens livrés par leurs gouvernement à la dictature des marchés, s’inventera un nouveau modèle économique, écologique, social dans une République à la force restaurée.

 Oui, le changement, c’est maintenant !

Mais notre stratégie de redressement du pays, notre stratégie de sortie de crise, c’est notre projet de réindustrialisation du pays qui unira dans une mobilisation nationale inédite et historique, les forces sociales, les forces économiques et les forces politiques.

Oui, nous aurons besoin de tous. Les syndicats et leurs adhérents, les organisations professionnelles, les chefs d’entreprise et les capitaines d’industrie, les territoires et les collectivités locales.

Car tous les pays du monde qui ont su résister à la crise sont ceux qui ont su s’unir. Unifier les intérêts publics aux ambitions privées, agir ensemble, intervenir, corriger, protéger, ne rien laisser au hasard, ne rien abandonner au laisser-faire ou au laisser-aller des marchés.

Nous prendrons chaque filière industrielle une à une, le meuble, l’automobile, les énergies renouvelables, l’électronique, la plasturgie, la métallurgie, la maroquinerie, le jouet, la chaussure, les textile, l’agro alimentaire, toutes !

Et nous utiliserons tous les moyens pour reconstituer dans tous les secteurs une force productive et compétitive qu’on a laissé mourir.

Nous ferons comme la gauche dans l’Amérique du Nord du Président Barack Obama, dans l’Amérique du sud, de la Présidente du Brésil, Dilma Rousseff, de la Présidente de l’Argentine, Cristina Kirchner, qui viennent d’engager un mouvement de relocalisation des activités industrielles sur leur territoire national.

Ils convoquent leurs multinationales, les contraignent à leurs obligations patriotiques, utilisent la fiscalité, les financements publics, les marchés publics, la dévaluation de leur monnaie, les taxes sur les produits déloyaux, toutes choses que nous nous interdisons stupidement mais que désormais, François Hollande veut mettre à l’ordre du jour de nos possibilités nationales et européennes.

Chacun mesure ainsi le poids, le prix, l’impérieuse nécessité de la réorientation de l’Union Européenne défendue par François Hollande, qui organise enfin la défense des intérêts vitaux des Nations et des peuples, plutôt que la protection des intérêts des banques, des marchés et de la mondialisation actuelle.

On a donné l’information selon laquelle les dirigeants européens conservateurs alliés de Nicolas Sarkozy se seraient fait la promesse d’un front uni contre François Hollande.

Qu’on se rassure, toute pression sur le corps électoral venu de l’extérieur serait une atteinte inconcevable à la liberté d’expression des Français de choisir leur dirigeant, leur politique et leur avenir librement.

Et puisque les droites européennes s’unissent dans leur projet d’austérité contre le choix que les Français pourraient faire en faveur de François Hollande, les gauches européennes s’uniront à leur tour autour d’un projet de croissance, autour de la victoire de François Hollande.

Ce sera la droite européenne de l’austérité contre la gauche européenne de la croissance !

Un illustre français, connu dans toute l’Europe, un Général qui sauva la République et la Révolution Française, avait écrit :« Les hommes qui ont changé l’univers n’y sont jamais parvenus en gagnant des chefs mais toujours en remuant des masses. »

Nous ne voulons pas changer l’univers, nous voulons juste changer la France et l’Europe.

Et nous savons que ce ne sont ni Madame Merkel, ni Monsieur Rajoy, ni Monsieur Cameron qui le feront. Cela nous appartient, cela vous appartient, il nous appartient de le leur dire à ces dirigeants conservateurs, qu’ici, le changement, c’est maintenant.

Déjà, nos deux partis, le Parti Socialiste Français et le SPD Allemand, ont signé une déclaration d’action commune qui propose un autre chemin pour nos peuples européens.

Une autre politique, une autre stratégie que celle de la récession et l’austérité généralisée qui justifie la renégociation du Traité budgétaire aujourd’hui exclusivement orienté vers la punition des Etats et des peuples, alors que ces derniers sont innocents de toute responsabilité dans la crise.

Ensemble, nous proposons un programme de croissance européenne :

Allègement des dettes publiques par une taxe sur les transactions financières qui fera participer les responsables de la crise à ses coûts, qui rapportera 200 milliards de recettes ;

Participation du secteur financier à l’assainissement des dettes des Etats ;

Interdiction des produits spéculatifs ;

Contrôle et transparence sur les institutions financières ;

Création d’une agence publique de notation ;

Financement des défaillances des banques par les banques elles-mêmes ;

Séparation des activités bancaires de dépôt et d’investissement ;

Harmonisation des impôts sur les sociétés pour éviter le dumping fiscal et l’aggravation des délocalisations ;

Création d’un salaire minima en fonction des revenus en vigueur dans les pays de l’Union ;

Normes minimum applicables aux prestations sociales ;

Nouvelle politique commerciale extérieure imposant des normes sociales et environnementales dans nos échanges avec le reste du monde.

Voilà ce qu’est le changement en Europe.

Un autre choix est entre vos mains.

Celui de réarmer la République, de reconquérir notre souveraineté perdue ensevelie sous la domination des forces de la finance, dont le sarkozysme n’est ni plus ni moins que l’agent d’influence, le fondé de pouvoir des banques et des marchés financiers.

Je veux remercier François Hollande, le candidat étincelant du Bourget, qui lui fait face avec force et solidité, avec tranquillité et détermination.

Je veux remercier François Hollande d’avoir engagé la France dans la transition économique, la transition industrielle, la transition écologique, la transition européenne avec des idées nouvelles, avec des solutions nouvelles et avec des générations nouvelles.

Je dis aux Français qui nous écoutent et nous regardent, particulièrement au demi million de Français qui m’ont apporté leurs suffrages pendant la primaire citoyenne,

Joignez votre force individuelle à notre force collective,

Joignez vos espoirs aux nôtres,

Joignez votre désir de changement à celui que nous portons.

Ne vous dispersez pas,

Ne vous éloignez pas,

Engageons-nous ensemble pour le changement,

Car le changement, c’est maintenant !

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46 Réactions

  1. Le PS a failli imploser,il y a quelques mois.

    Je pense qu’il est conscient de l’enjeu historique devant nous et toute la défiance justifiée par des choix passés ne doit pas condamner un parti en mouvement. En effet, l’Existence précède l’Essence disait Sartres. Il ne faut pas ainsi condamner un être ou autre sous prétexe qu’il a commis des erreurs dans le passé. Il ne faut pas oublier que la pression était forte pour adopter la libéralisation financière. Delors voulait aller plus loin vers le social mais les libéraux n’ont pas suivis. Rocard disait aussi récemment qu’il n’avait pas vu toutes les conséquences de ces décisions.

    La prise de conscience est un progrés et j’ai espoir que les orientations nouvelles appuyées par toute la Gauche portera ses fruits.

    Les idées que portent Arnaud sont justes bien que je mettrais en numéro un la séparation des banques de dépôt et d’affaires (non sous le même toit mais une vraie séparation) comme condition première à toutes autres mesures.

    Par ailleurs, François Hollande veut redonner du sens à la démocratie et renforcer les valeurs républicaines et d’égalité, bref créer un autre état d’esprit, plus apaisé dans la société sans dresser les uns contre les autres. Sa personne incarne sans mensonge ces valeurs et je lui fais confiance.

    J’aime aussi beaucoup de choses dans les idées de Mélenchon, j’apprécie les idées de Jacques Généreux mais je trouve Mélenchon trop radical, non pas dans ces idées mais sa façon d’être. De toute façon, il ne peut rassembler vers le centre droit et quoique qu’on en dise, il faut voir la France telle qu’elle est.

    C’est pour cela que je voterai Hollande dès le premier tour et FG aux législatives.

    Toujours est-il que je suis très inquiète par le MES conjugué au FMI. C’est un SUPER FMI, en fait, et je ne veux pas qu’il nous mette à genoux.
    Il faut que le PS demande un audit de la dette, nous devons faire défaut en grande partie à celle-ci et même Mr Pégasse, directeur de la banque Lazare France va dans ce sens.
    Il est vrai qu’un rapport de force va être terrible après les élections.Il faudra s’unir pour faire Front (de Gauche) avec le PS.

  2. à propos du MES évoqué plus haut: j’avais écrit comme d’autres à des sénateurs du PS pour rappeler que ne pas voter contre c’était laisser faire, et j’en appelais à la raison.
    Je n’ai eu aucune réponse, même pas de politesse pour m’expliquer les raisons des sénateurs. Voilà, c’est ça la démocratie, on a voté pour des gens qui ont voté pour des sénateurs qui se moquent complètement de la voix du peuple et surtout du BIEN PUBLIC ! Merci pour notre avenir que le PS a contribué à pourrir ainsi. Ma mémoire ne s’alzheimerise pas, M. Montebourg.

  3. KI JING
    Et vous ne votez pas FdG avec ces idées ?
    On est mal barrés, rien ne risque de changer si une majorité ne vote jamais pour ses convictions…

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