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Discours de Frangy 2010

Fête de la Rose de Frangy-en-Bresse – Dimanche 22 août 2010

Discours d’Arnaud Montebourg

Pour un renouveau productif

 

Des primaires populaires pour gagner

 

 

Sécurité : pour un pacte de tranquillité publique

 

Économie et sécurité : les échecs de Sarkozy

Chers amis de Frangy,
Chers camarades de tous les partis de gauche ici présents,
Cher Jean-Pierre,
Mesdames et messieurs,

C’est dans ces temps de reconstruction de la gauche, au moment où celle-ci retrouve de la force, qu’elle a fait le choix de s’ouvrir vers la société et vers les idées nouvelles, que Frangy-en-Bresse a décidé de s’ouvrir à son tour.

Frangy, on a dit que c’était l’académie des Césars du PS. Chacun veut y venir, on intrigue pour y être invité, on s’y presse, on vient y déjeuner. C’est presque un déjeuner mondain maintenant, mais ce ne sont pas des milliardaires ici, ce sont les gens du coin et tous ceux qui veulent venir de France sur la route des vacances et qui viennent discuter, réfléchir, penser politique au sens où les grecs l’entendaient, penser l’organisation de l’avenir et de la cité. C’est vrai que Frangy entretient un rapport sentimental, Jean-Pierre, enraciné avec la République, je n’ose pas dire même si je l’emploie parfois, le mot amoureux de la République qui est notre chose. Nous la faisons vivre et Frangy, c’est cet esprit là et je sais à quel point dans cette région où nous avons, comme ailleurs, subi les dégâts de la crise, les plans de licenciements, les fermetures d’usine, les difficultés du travail dans l’agriculture, à quel point les gauches savent s’unir, s’entraider, se reconnaître. Qu’on soit socialiste, citoyen, radical, communiste, vert, on se parle, on travaille ensemble et on se donne la main, dans les luttes sociales pour défendre les salariés congédiés à vil prix, dans les luttes environnementales pour défendre la population, dans les luttes civiques pour défendre les services publics sur notre territoire qui disparaissent les uns après les autres.

* *
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Mon Cher Jean-Pierre, je voudrais te dire à quel point je suis heureux, avec les socialistes bressans, de te voir ici à cette tribune. Tu as été l’un des fondateurs du parti socialiste d’Epinay avec et autour de François Mitterrand. Tu as été le créateur, avec Didier Motchane, du CERES, qui fut le laboratoire de pensée du PS. Tu as défendu toujours avec intransigeance, avec liberté et responsabilité, tes positions, tes convictions. Tu as mis en accord tes actes avec tes discours.

Tu es, je veux le dire parce que c’est un point important, le créateur, dans le gouvernement de Lionel Jospin dont tu as été le Ministre de l’Intérieur, de la police de proximité, celle sur laquelle la droite a tant déblatéré, et qui nous fait tant défaut aujourd’hui. Est-ce que déjà tu n’avais pas vu juste ?

Tu es celui qui a combattu les dérives libérales de l’Union Européenne. Je me souviens avoir partagé avec toi le vote NON contre le Traité européen. Est-ce que tu n’avais pas déjà vu juste ?

Tu es l’un de ceux qui s’inquiétait de la mondialisation commerciale qui jette nos usines, nos agriculteurs, nos fabrications et nos produits sur le marché mondial sans aucune espèce de protection. Est-ce que tu n’avais pas déjà vu juste ?

Tu es l’une des grandes voix de la gauche qui avait refusé l’engagement de la France dans les expéditions militaires des Etats Unis d’Amérique, notamment en Irak. Est-ce que tu n’avais pas déjà vu juste ?

Un homme qui préfère les projets, les idées aux arrangements, parfois aux compromis pour ne pas dire les compromissions, c’est une chose rare, c’est un bien précieux dans un pays comme le nôtre, dans la période d’effondrement idéologique et de recomposition politique qui s’ouvre.

En plus de cette justesse de vue, il y a l’amitié profonde et continue qui m’a fait caboter, si j’ose dire, le long de tes rives, de tes côtes, un peu comme un chalutier parfois, je le reconnais, en perdition que j’ai pu être, mais il y a parfois dans la vie, des étoiles, des repères et Jean-Pierre, dans ma vie de militant socialiste, authentiquement socialiste, est toujours l’un de ceux-là. Frangy, mon cher Jean-Pierre t’accueille, Frangy t’écoute, Frangy t’applaudit.

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Pendant que les statistiques officielles montrent que nous continuons en France à détruire et perdre de l’emploi industriel, que nous voyons la désindustrialisation continuer à se répandre, pendant que tout autour de nous, nous subissons la poursuite de la crise, elle n’est pas derrière nous, elle est devant nous. Cette année encore, nous avons connu l’entreprise ESSEX, les câbles électriques, qui a fermé à Mâcon, Michelin, les gars du bassin minier et ceux de Blanzy pour les pneus le savent, Photochimie à Chalon, 80 emplois perdus dans le composant photographique, Manitowok, les grues à La Clayette, Iveco à Bourbon-Lancy qui se bat pour survivre, Rexam, ici en Bresse, la plasturgie, à Saint Eusèbe, au Creusot et à Simandre. Nous pensons évidemment à ces entreprises qui sont comme les arbres, lorsque la tempête les abat, il faut beaucoup de temps pour les voir repousser.

Pendant ce temps, le Gouvernement a occupé cet été les français avec les problèmes d’insécurité, les déclarations de guerre en tous genres, la multiplication des imprécations, les gesticulations illimitées et interminables du personnel ministériel qui côtoient des résultats pitoyables.

Car nous n’avons pas peur, je le dis ici à cette tribune, de regarder les problèmes tels qu’ils sont dans la société française et tels qu’ils nous faudra les affronter et y compris sur le terrain de la montée de la violence et de la délinquance dans notre pays, tels qu’ils sont et qu’il faudra les affronter, sans les esquiver, c’est la responsabilité de la gauche qui se prépare à gouverner et à transformer cette société. Monsieur le ministre de l’Intérieur a dit « la gauche n’a rien à dire sur l’insécurité, le silence est son programme ». Mais nous n’avons déjà pas peur de dire et de rappeler au pouvoir ses échecs, ni même de reconnaître aussi les nôtres. Cela commence par là. Car après huit années et demi de pleins pouvoirs en matière de sécurité et de lutte contre la délinquance du ministre de l’Intérieur devenu Président de la République, cela fera 10 ans en 2012, le Président de la République a fait voter trente lois aussi inappliquées qu’inapplicables. L’augmentation de la délinquance a poursuivi sa course, plus de 16 % en cinq ans. Savez-vous que 75.000 personnes de plus entre 2004 et 2009 sont agressées personnellement  et je dois vous dire que la progression de la délinquance des mineurs est malheureusement aussi au rendez-vous.

Pourquoi en est-on arrivé là ? Peut-on dire un mot à ce pouvoir qui refuse la réalité de la société et où il l’a conduite ? C’est d’abord la réduction des effectifs. Moins 9131 policiers depuis 2007, presque 10.000 ! Les départs en retraites ne sont pas remplacés. Demandez à tous les maires, dans les commissariats de France, Grenoble, où il y a eu des incidents cet été, Grande Synthe dans le Nord, en Seine-Saint-Denis, Bartolone aurait pu le dire s’il était ici à cette tribune, moins 400 policiers en Seine-Saint-Denis. Alors quel est cet homme qui voulait déclarer la guerre à la délinquance et qui a décidé que les hommes chargés de mener cette guerre devaient rentrer dans leurs foyers ? Quel est cet homme qui, voulant faire reculer la délinquance, a dit « je n’ai pas besoin de policiers pour le faire » ? C’est incroyable. Et vous avez un ministre de l’Intérieur qui explique qu’on vit dans le pays le plus tranquille, qu’il n’y a aucun problème. Mais si il n’y a aucun problème, arrêtez d’en parler, arrêtez d’imaginer des mesures. On ne remplace pas les hommes dans les commissariats, la délinquance monte sur le terrain et en plus on a fait le choix de la police qui arrive trop tard, comme la cavalerie américaine qui arrive après la bataille. Les policiers ne vivent plus sur le terrain avec la population, donc on va chercher des compagnies républicaines de sécurité. Je veux leur rendre hommage, il y en a une stationnée à Chalon-sur-Saône, la CRS 43. Je suis allé parler avec ces hommes, pour la plupart qui vivent dans la Bresse, qui ont vécu les évènements des émeutes de Villiers le Bel, qui ont eu peur pour la première fois de ce qui se passait dans notre pays. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas la présence et l’intégration dans la population des forces de l’ordre qui doivent appartenir naturellement à la société. Or, elles sont comme un élément extérieur qui malheureusement provoque des incidents plutôt que de les faire reculer. Remettre la police sur le terrain, c’est aussi ce qu’on demande aux élus. Les élus, on leur demande d’être sur le terrain en permanence et nous demandons la même chose aux forces de l’ordre.

Monsieur le ministre de l’Intérieur, embauchez des policiers, des éducateurs de rue plutôt que de faire des chèques à madame Bettencourt. Monsieur le ministre de l’Intérieur, au lieu de laisser partir des policiers en retraite sans les remplacer, allez chercher l’argent dans les paradis fiscaux où vos amis qui vous financent dissimulent leurs biens, leur patrimoine et demandez-leur une petite obole pour salarier des policiers dans les quartiers populaires, des gendarmes en zone rurale, des professeurs dans les lycées, dans les collèges, des éducateurs dans les rues, là où la loi du ghetto a remplacé la loi de la République.

Nous allons faire des propositions et participer à la contribution générale. Le moment est venu de proposer un pacte de tranquillité publique, qui reconnaisse que tout le monde a échoué : les angéliques, ceux qui veulent excuser ou les ultra-sécuritaires, ceux qui veulent tout réprimer, ont les uns et les autres à l’évidence échoué. Notre responsabilité de dirigeants politiques est de donner à la population des résultats, non pas d’entretenir des querelles politiques sans fin pour savoir qui est responsable et qui ne l’est pas, et dans ce cadre là, il est nécessaire de mettre tout le monde autour de la table. La droite, la gauche, les élus locaux, la population, les forces de l’ordre, les syndicats qui disent beaucoup de choses. Les syndicats de policiers sont les premiers à se plaindre de la chute des effectifs et de l’impossibilité pour eux d’accomplir les missions qui leur sont confiées. Nous pourrions imaginer ensemble des solutions concrètes et cela ne pourra avoir lieu que par la mobilisation de toute la société.

Première proposition, répartir autrement les effectifs de police et de gendarmerie et obtenir la transparence sur l’usage de nos forces de l’ordre. On n’en sait rien, c’est un mystère. Combien ici ou là ? A Aubervilliers, où il y a quand même quelques difficultés, il y a un policier pour 418 habitants. A Paris où tout va bien, le coeur bourgeois de la France, il y a un policier pour 172 habitants. Allez expliquer pourquoi… Est-il possible d’en débattre, de poser les problèmes sur la table, de dire comment nous allons utiliser nos forces ? Ce n’est pas un sujet tabou, c’est un sujet qui appartient à la délibération de la République toute entière.

Deuxième proposition, remettre les policiers sur le terrain et les faire vivre parmi la population. C’est ce que tu avais imaginé, Jean-Pierre, à travers la police de proximité. Les commissariats dégarnis doivent retrouver aujourd’hui leurs effectifs et la reconquête de la sécurité sur le terrain se fera par la patience et le temps. C’est un travail de dentellière où il faudra mobiliser tout un chacun pour obtenir des résultats

Troisième proposition, il serait temps, enfin, pour sortir de ce débat grotesque, d’évaluer la vidéosurveillance. Je ne sais pas comment, en remplaçant des hommes sur le terrain par des caméras de surveillance, on empêche les crimes de se commettre. D’ailleurs, les résultats ne sont pas du tout probants. Évaluons cette politique. Elles sont utiles parfois pour identifier un criminel. Mais vous savez, un criminel sans scrupule n’a jamais peur d’une caméra qui le filme.

Le plus important, c’est la proposition sur laquelle il faut que nous avancions, c’est l’association de la population et des habitants eux-mêmes à la lutte contre la délinquance. Aux Etats Unis, dans certaines villes, dans certains Etats, il a été imaginé que la police rendait des comptes devant la population et qu’on pouvait ensemble, lorsqu’il y avait d’énormes problèmes, je ne parle pas de nos régions plutôt tranquilles, se mettre autour d’une table et que les habitants puissent identifier les problèmes, obtenir des résultats. Ce ne sont plus forcément les Préfets qui décident et y compris de façon martiale, mais la population qui elle-même dit les problèmes, les identifie et participe ainsi que l’ensemble des éducateurs, tous les services publics, les professeurs, les travailleurs sociaux pour déclencher les alertes, organiser la réponse, faire en sorte que la violence recule. Et la violence, elle commence dans l’éducation de nos enfants, au premier geste, la première sanction. Mais cela, c’est une société entière qui se mobilise. Ce n’est pas une société où les enfants ont le nez sur une Nintendo et où les pacman s’entre-détruisent. C’est une société où on pense que les êtres humains qu’on a en face de soi sont fragiles et qu’ils doivent être respectés. C’est une société qu’on doit éduquer. Et ce travail-là, c’est un travail qui devient l’affaire de tous.

Alors, les idées nouvelles, monsieur le ministre de l’Intérieur, la gauche en a. La gauche a une expérience, elle a le sens de ses responsabilité et en cette matière comme en d’autres, la gauche se prépare à faire des propositions politiques dont vous vous souviendrez, monsieur le ministre de l’Intérieur.

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Dans sa grande créativité estivale, le Président de la République a imaginé qu’il serait astucieux électoralement de reprendre à son compte les thèses du Front National, une par une et sans scrupule.

C’est ce que j’appelle la frontnationalisation de la droite, qui installe désormais l’idée dans notre pays que la cause de tous nos malheurs viendrait des étrangers et même des français d’origine étrangère.

Je voudrais rappeler qu’en inventant d’abord le retrait de nationalité pour les français d’origine étrangère, dans son discours de Grenoble, pour ceux qui commettraient de graves crimes, je voudrais dire qu’un criminel qui n’a pas peur d’aller en prison, qui sait ce qu’il fait en assassinant par exemple des forces de l’ordre, c’est un criminel qui craint encore moins de se voir retirer son passeport français. Nous savons parfaitement que ce sont là des mesures démagogiques et électoralistes.

Beaucoup d’anciens Premiers ministres de l’UMP, des personnalités de l’UMP ont pris leurs distances avec le discours de Grenoble du Président de la République car ils ont compris que c’était à la fois inefficace et donnait beaucoup trop de crédit au Front National.

Et puis que fera-t-on lorsqu’un criminel s’appelant Dupont, français depuis quinze générations, tuera un policier d’origine étrangère ? Que fera-t-on ? Peut-être que le policier sera fautif puisqu’il est d’origine étrangère. La République ne peut pas découper la population selon ses origines, les mettre dans des cases et les traiter collectivement. C’est une grave erreur contre l’esprit de ce qui nous fait vivre ensemble.

Alors au mois d’août, il a fallu que le gouvernement s’en prenne aux gens du voyage, avant de s’apercevoir qu’ils étaient tous français. Il y a même le président des gens du voyage de Bordeaux, ce qui montre qu’ils voyagent autour de Bordeaux, ils ne sont pas tant du voyage que cela car la plupart cherche à s’installer, à se sédentariser, qui a dit « Attention, nous sommes français. On va voter et on s’en souviendra. D’ailleurs, on a fait l’erreur de voter Sarkozy ». Les gens du voyages se sont aperçus qu’ils étaient désignés à la vindicte populaire comme groupe en tant que tel. Ensuite, comme la première moitié du mois d’août a été ratée, il a fallu réussir la deuxième moitié. On s’en est pris aux Roms. Il y a des problèmes mais il ne faut pas tout confondre. Ce n’est pas parce qu’on est pauvre, qu’on est dans la mendicité qu’on est un criminel. La pauvreté a-t-elle un rapport avec la délinquance ? Parfois, mais pas toujours. Il y a parfois dans l’esprit de la pauvreté de la dignité et de l’honneur, nous le voyons tous les jours sur le terrain, au contact de la population. Et d’ailleurs, expulsons les Roms parce qu’ils sont Roms, je vous rappelle qu’ils sont citoyens à part entière de l’Union Européenne et qu’ils peuvent parfaitement revenir.

Nous sommes absolument dans des excès de langage et la seule question qui se pose vis à vis de la délinquance et de la sécurité, c’est de réussir en mobilisant l’ensemble de la société à faire reculer l’impunité d’où qu’elle vienne, quelles que soient les origines de ceux qui commettent les actes, qu’on soit Rom ou qu’on soit, comme moi, arabo-morvandiau et élu en Bresse.

La France n’est pas une Nation ethnique ou raciale, elle s’est construite dans le métissage, et par les apports successifs venus d’ailleurs. Les morvandiaux ou les bressans sont des Celtes, ils ne sont d’ailleurs pas de la même tribu, j’ai cru comprendre qu’il a fallu Vercingétorix pour les unir parce qu’ils n’arrivaient pas à s’entendre. Mais ils sont venus d’ailleurs avant d’être d’ici. Un tiers des français ont un grand-père ou une grand-mère d’origine étrangère.

Nous nous sommes tous construits, en France, comme aux Etats-Unis d’Amérique, avec des vagues d’immigration successives qui ont enrichi la Nation. Avoir peur des autres, de l’étranger, c’est avoir peur de nous mêmes. Et un pays qui a peur de l’avenir, des étrangers, de lui-même, c’est un pays qui se prépare à mourir. Les pays qui ont peur sont des pays qui meurent. Les pays qui croient dans l’avenir, ce sont des pays optimistes et ils n’ont pas peur d’affronter ce qu’est le monde.

Je veux dire ici, depuis cette modeste tribune de Frangy, que nous n’avons pas peur, et que l’optimisme trempé dans la détermination doit être le carburant de la gauche, pour devenir celui de toute la France.

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Est-ce que cette gesticulation abusive ne serait pas une mise en scène destinée à masquer le retour fracassant des affaires d’argent au sommet du pouvoir ? De quoi s’agit-il ? Un ministre du Budget chargé de faire rentrer dans les caisses publiques de l’argent qui manque pour payer nos services publics, qui organise par l’intermédiaire de son cabinet un système géré au stade industriel de passe-droit et de faveurs fiscales pour ceux qui ont d’immenses patrimoines, utilisent les paradis fiscaux pourvu qu’ils financent l’UMP, avec embauche d’épouses et distribution de légion d’honneur à la clé.

Mais où est donc passée la République irréprochable promise par le Président de la République ? La seule République irréprochable, c’est le fait que puissant ou misérable on est soumis à la même loi, au même effort contributif, aux mêmes devoirs. Qu’on soit riche et fraudeur du fisc, ou pauvre, auteur de larcins, la République traite les délinquants de la même manière.

Mais aujourd’hui lorsqu’on est pauvre, sans appui, sans argent, sans soutien dans la société, quelle chance vous laissera-t-on ? Lorsqu’on est riche, qu’on soutient et finance le parti au pouvoir, l’Etat vous fait des courbettes et les procureurs se mettent à votre service.

Voilà une République qui proclame des principes mais qui permet à ceux qui exercent le pouvoir de les piétiner. Ce n’est plus une République, c’est le retour de la noblesse des aristocrates et des privilèges.

Une République irréprochable, c’est une République dans laquelle les procureurs sont ceux de toute la République et non pas seulement au service du clan qui tient le pouvoir et qui voudrait à n’importe quel prix le conserver.

Cette République de tous, l’irréprochable, sera celle que vous irons refonder en 2012. Elle s’appelle la VIème République !

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En 2012, la question économique sera la question la plus importante pour l’emporter. Et c’est là que devra se mesurer notre courage.

Regardons autour de nous un instant. Nous avons subi dans l’effondrement de la crise des pertes industrielles considérables, peut-être irrémédiables. Nous avons, en Saône-et-Loire, perdu 5.000 emplois industriels dans les deux dernières années, 18.000 en Bourgogne, 250.000 emplois détruits en France.

Des secteurs entiers ont disparu, ont été transférés en Chine, des filières complètes même à haut niveau technologique ont été démantelées, déménagées. Nous nous accrochons à nos industries du passé qui n’ont pas d’avenir, nous les soutenons à bout de bras, mais chaque français se demande de quoi nous allons vivre demain. Quels seront les emplois de demain, la richesse et les revenus de demain, avec quoi paierons-nous notre santé, notre éducation, notre retraite ?

La France se demande de plus en plus à voix haute s’il ne lui restera plus que ses musées, sa gastronomie, son art de vivre, ses résidences secondaires et Disneyland à offrir à la face du monde. Cela a son importance sur la question sociale. On ne traitera pas du social si on n’a pas traité la question économique préalablement.

Chacun comprend que nous sommes devenus un pays qui consomme plus qu’il ne produit. Et chacun a compris que ceux qui ne produisent pas sont dans la main de ceux qui produisent.

La gauche devra, pour convaincre face à l’échec de ceux qui nous dirigent, proposer un chemin pour faire renaître une industrie productive. Elle devra montrer le chemin d’un véritable renouveau productif et industriel de la France. C’est une des conditions de la réussite en 2012.

La droite aura servi la finance, les rentiers et les actionnaires. La gauche devra soutenir tout ce que la Nation compte de forces productives, ses ingénieurs, ses travailleurs, ses entrepreneurs, ses créateurs, ses chercheurs.

Pour inventer la croissance de demain, la croissance nouvelle, il faudra organiser la mutation de notre appareil productif, de nos produits, de nos consommations, ce qui suppose de transformer écologiquement notre mode de vie.

Nous allons vivre différemment, nous loger différemment en isolant nos maisons, nos appartements pour économiser l’énergie. Nous nous nourrirons différemment en acceptant de faire vivre mieux l’agriculture de notre pays. Nous allons nous transporter différemment, apprendre à partager les voitures, utiliser davantage les transports collectifs, à consommer différemment avec moins d’écrans plats et de play‑stations fabriqués en Chine et plus de vêtements et de nourriture fabriquée en Europe.

Cette mutation écologique de nos modes de vie entraînera celle de notre économie, ce qui suppose un effort politique sans précédent pour porter l’innovation technologique comme un grande cause nationale et européenne. Sait-on que la France est un pays d’inventeurs et nos chercheurs sont parmi les tout premiers au monde. Mais ce sont les autres pays du monde qui transforment ces découvertes en produits, que nous finissons par acheter.

Déjà les pays asiatiques se sont emparés de la croissance verte. Ils investissent des centaines de milliards dans la mutation écologique du futur. Le gouvernement coréen investit 10 milliards par an et entend créer un million d’emplois pour une population équivalente à celle de la France. Le Premier ministre coréen a déclaré : « Nous traversons une crise sans précédent. Le New Deal vert offrira ces réponses. L’Environnement mondial du XXIe siècle est déjà là et nous trouvons là de nouveaux moteurs de croissance pour cette ère. ».

Pendant que nous engloutissons notre argent dans nos banques qui ont fait des sottises toujours impunies, pendant que nous gaspillons notre argent dans le bouclier fiscal, à servir les restaurateurs, nous sommes peut-être en train de rater la nouvelle frontière technologique et la laisser investir par d’autres ! Les européens seraient-ils condamnés à devenir définitivement les consommateurs de ce qui sera produit ailleurs ?

Pour réussir, il nous faudra faire de chaque français un investisseur même modeste dans la mutation écologique de l’économie, chacun à son niveau individuel, même le plus modeste, pour construire ensemble l’économie nouvelle de demain.

Et seule la gauche est capable d’entraîner toute la société. Seule la gauche peut réconcilier les français autour d’un projet de cette envergure, là où la droite divise et préfère servir son clan, ses clientèles, ses intérêts. Pour réussir, il faudra aussi accepter que la politique, la puissance publique acceptent d’intervenir dans l’économie en transformant progressivement les règles du marché en profondeur et de façon durable.

Il faudra rendre plus cher ce que nous devons moins consommer, y compris ce qui est produit à 10.000 km d’ici. Il faudra détaxer ce que nous devons préférer. Il faudra mieux payer ce qui est productif, comme tous ceux qui vivent de leur travail, et surtaxer ce qui est improductif, comme les monopoles, les protections rentières et le capital.

Il faudra qu’un ingénieur soit mieux payé qu’un financier, qu’un travailleur soit mieux payé dans son salaire qu’il ne l’est aujourd’hui, qu’un chercheur soit mieux rémunéré dans son traitement qu’il ne l’est aujourd’hui et qu’un capitaine d’industrie soit mieux encouragé et soutenu contre les actionnaires et les possédants du capital qui attendent les juteux dividendes en dormant.

La société du prochain socialisme, celui de la victoire en 2012, est une société où le travail doit être justement récompensé, et donc encouragé, où le changement est porté par tous parce qu’il est d’intérêt public mais aussi parce qu’il assure la prospérité future de tous.

Plusieurs économistes ont proposé d’indexer les salaires sur les gains de productivité de l’entreprise afin de mieux partager la richesse créée, aujourd’hui détournée par la finance. Je défendrai cette proposition.

Plusieurs dirigeants politiques défendent l’idée de faire entrer les salariés et leurs représentants dans les conseils d’administration des entreprises, avec voix délibérative et en nombre significatif, car les salariés sont beaucoup plus patriotes de leur entreprise, de leur territoire et de leurs emplois que les actionnaires. Je défendrai cette proposition.

Plusieurs prix Nobel d’économie préconisent une sévère reprise en main de la finance en la plaçant au service de l’économie productive, et en réorientant notre épargne vers l’investissement productif plutôt qu’en laissant ces institutions financières spéculer contre nos Etats. Cela supposera que le système bancaire soit placé sous la tutelle de l’Etat, ce sera la juste sanction de ses erreurs. Je défendrai cette proposition.

* *
*

Pacte de tranquillité publique, programme de renouveau productif, reprise en main de la finance, mutation écologique de l’économie. Il ne manque plus que la VIème République pour que la République soit vraiment irréprochable, comme le Président de la République l’avait souhaité. Voilà les idées du prochain socialisme. Elles sont issues des différentes traditions politiques de la gauche, elles sont issues des différentes sensibilités de la gauche, elles devront constituer un alliage solide pour former le métal rose-vert-rouge dans lequel nous forgerons la victoire. Elles ne devront esquiver aucune difficulté, aucune question, aucun problème qui agite la société française. Attention, ces différents apports ne devront pas se combattre, mais se conjuguer, pour se préparer à gouverner et organiser une alternance durable. C’est là, tout l’esprit révolutionnaire des primaires !

D’abord, des millions de français, qui ne sont pas membres des partis politiques, vont pouvoir voter. Vous tous, qui êtes ici si nombreux, pourrez participer au vote, aux débats et à la campagne pendant la saison des primaires. C’est vous qui trancherez les débats. C’est vous qui écrirez avec nous une page de l’histoire de France.

Mais les primaires sont aussi l’outil du rassemblement, où les projets, les idées des uns et des autres doivent s’unir, se mélanger, se conjuguer pour réaliser un projet final autour du candidat désigné.

Le débat à gauche sera passionnant et il ne faut pas le craindre car c’est notre force, notre richesse, dont le pays à besoin. Il ne faut pas le craindre puisqu’il se conclura par un rassemblement final. Il faut au contraire l’épanouir, l’organiser, le faire vivre ce débat, avec les gens qui nous attendent, qui ont besoin de nous et qui feront que cette victoire devienne la leur. Et je puis vous dire et vous assurer que le 6 mai 2012 ressemblera comme un frère jumeau, comme deux gouttes d’eau, à un certain 10 mai 1981.

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14 Réactions

  1. oui je suis d’acord avec quelqus comentaires en plus vous parles de gauliste je ne pense pàs que celà puisse vous aider dans votre campagne il faut rele ver les epoles et revenir au present le gaulisme c’est du passe revenons aux surces naturelles le present si no ont repàrt en arriere reprendre des idees de gauliste c’est soutenir la droite pas dans touts les angles mais en partie ont èst en train de recouler de trois cent ans en arriere donc je pense qu’il faut avancer Mr..

  2. Je suis du même du avis. Il y a beaucoup à défendre mais surtout ressaisir les français sur les enjeux d’un pays tel que la France, qui perd peu à peu toute sa notoriété, sa prestance au regard du monde. la politique actuelle tend à être une dictature totalitaire IMPLICITE dont la population ne se nourri plus d’espérance mais cherche dans des ébats frénétique à rester la tête hors de la noyade. vraiment tous les salaires sont revus à la baisse, un membre de ma famille démarre un poste salarié d’ingénieur et les niveaux de salaires proposés ne dépassent pas les 1500e. L’état actuel tend à dévaloriser les personnes pour engranger toujours plus de profits; j’appèle cela l’ultra-libéralisme de la politique que sarko a volontiers affirmé pour s’attirer un maximum de faveur de la part de ses partenaires commerciaux que l’on désigne comme lobbies..
    les seuls enjeux pour ce gouvernement sont de nourrir et faire bien vivre les plus gros, en détruisant la qualité de vie des actifs pour qu’ils se battent encore plus pour leurs métier, c’est à dire hausser les niveaux de compétences, tout en les payant de moins en moins. Dans toutes situations des déséquilibres se formes; Résultats: diviser pour mieux régner, aucun « ordres », soit disant, la seule bonne parole et la leur. ce gouvernement est une abomination.
    Il faut se rendre compte d’une chose aussi, un salarié ouvrier, pour travailler sur le domaine publique, doit avoir ses papiers à jour, un casier judiciaire vierge et aucun faits en quelque sorte malvenu. A contrario, on voit des hommes comme pasqua: trafic d’armes dans divers style, juppé et bien d’autres sont à des postes ayant un impact fort dans notre pays , voir dans le monde et la majorité sont sales et on trempés dans pleins d’histoires; il est inadmissible que notre gouvernement puisse représenter la République Française avec de tels personnalités.. L’immunité ne permet pas à la justice de faire son travaille, mais au moins, que de telles personnes ne puisse pas continuer à exercer une activité au sein de notre gouvernement et ne puisse être représentées! A l’heure actuelle, la France est un pays en perte de vitesse et d’identité à cause de gens comme cela. Nous pourrions inverser les rôles qu’en à l’identité de notre gouvernement représentant notre Pays à la figure Internationale!

  3. gérard de tourcoing

    Changer les règles générales pour une opportunité : Belle leçon de république !
    La monarchie est plus républicaine que vos élections à l’étique à géométrie variable !

    Vive Louis XX, le roi élu par les très républicaines lois millénaires !

  4. gérard de tourcoing

    Le PS a un projet politique : Bien ! Qu’il le présente dans un conseil national élu, plural, et représentatif, et pas dans un individu présidentiel !
    Vive Louis XX

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